
Dans plusieurs territoires de chasse au Canada, les blocs de sel font partie des accessoires bien connus des chasseurs de gros gibier. On les retrouve dans les magasins agricoles, les meuneries et les boutiques spécialisées sous différentes couleurs : blanc, rouge et bleu.
Mais quelle est réellement la différence entre ces trois blocs?
La réponse est relativement simple : la couleur correspond généralement à la composition minérale du bloc, et non simplement à une couleur destinée à attirer davantage le gibier.
Les trois formats les plus courants sont le bloc blanc, essentiellement composé de sel, le bloc rouge enrichi en iode et le bloc bleu enrichi en iode et en cobalt. Ces compositions sont également confirmées par des fournisseurs canadiens de produits pour la chasse et l’alimentation animale.

⬜ Le bloc blanc : le sel à l’état simple
Le bloc blanc est généralement le plus simple des trois.
Sa composition est principalement du chlorure de sodium (NaCl), autrement dit du sel. Il fournit donc surtout du sodium et du chlorure.
Le sodium joue un rôle important dans l’équilibre hydrique et certaines fonctions physiologiques. Comme les végétaux ne fournissent pas nécessairement toujours assez de sodium, les blocs de sel sont utilisés depuis longtemps comme complément minéral chez différents ruminants.
Pour le chasseur, le bloc blanc représente donc la solution la plus simple : sel = sodium principalement.
Son principal avantage est sa simplicité, mais il ne faut pas lui attribuer les propriétés d’un bloc minéralisé complet.
Pour le chasseur
Le bloc blanc peut être intéressant lorsqu’on recherche essentiellement une source de sel, sans ajouter d’oligoéléments particuliers.
Il constitue aussi une bonne référence pour comparer les deux autres blocs, mais il reste très visible dans le bois.

🟥 Le bloc rouge : le sel iodé
Le bloc rouge est généralement un sel enrichi en iode.
Des produits commerciaux canadiens indiquent typiquement une teneur en iode autour de 150 ppm, bien que la formulation exacte puisse varier selon le fabricant.
L’iode est un oligoélément essentiel qui participe notamment au fonctionnement normal de la glande thyroïde et à la régulation du métabolisme.
Le bloc rouge apporte donc : sel + iode.
C’est une différence relativement importante par rapport au bloc blanc, mais il ne faut pas exagérer cette distinction : le rouge n’est pas nécessairement un « meilleur attractif » simplement parce qu’il contient de l’iode.
Son intérêt est avant tout nutritionnel et minéral.
Une couleur devenue classique
Au fil des années, le bloc rouge est devenu très populaire auprès des chasseurs de gros gibier.
On retrouve d’ailleurs encore aujourd’hui des blocs rouges iodés de 20 kg commercialisés spécifiquement pour le chevreuil et l’orignal.
Certains chasseurs ont également leurs propres observations sur les préférences du gibier pour certaines formulations, mais ces observations doivent être distinguées des données scientifiques sur les besoins minéraux.

🟦 Le bloc bleu : iode et cobalt
Le bloc bleu est celui qui apporte la différence la plus évidente parmi les trois.
Il contient généralement : sel + iode + cobalt.
Un produit Saltec vendu au Canada, par exemple, indique 200 mg/kg d’iode et 100 mg/kg de cobalt dans sa formulation.
D’autres sources agricoles donnent des concentrations légèrement différentes selon les formulations, ce qui rappelle une règle importante : Ne vous fiez jamais uniquement à la couleur; lisez l’étiquette.
Le cobalt est un oligoélément particulièrement intéressant chez les ruminants puisqu’il intervient dans la production de vitamine B12 par les microorganismes du rumen.
Cela explique pourquoi les blocs bleus sont souvent présentés comme des blocs plus complets que les blocs blancs.
Pourquoi le cobalt est-il ajouté
L’orignal et le chevreuil sont des ruminants.
Leur système digestif repose en grande partie sur les microorganismes du rumen capables de transformer et de valoriser les végétaux consommés.
Le cobalt est nécessaire aux microorganismes du rumen pour la synthèse de la vitamine B12.
Cela ne signifie cependant pas qu’un chevreuil ou un orignal qui lèche un bloc bleu recevra automatiquement un avantage spectaculaire.
La disponibilité naturelle des minéraux, la qualité de la végétation, le sol et les besoins individuels jouent tous un rôle.
Il faut donc voir le bloc bleu comme un complément minéral, et non comme une potion miracle.
Blanc, rouge ou bleu : lequel est le meilleur
Voilà probablement la question que se posent le plus souvent les chasseurs.
En réalité, il n’y a pas de réponse universelle.
⬜ Blanc
Composition : sel principalement.
Avantage : simple et économique.
Intérêt : principalement le sodium.
🟥 Rouge
Composition : sel + iode.
Avantage : apporte un oligoélément supplémentaire.
Intérêt : complément de sel iodé.
🟦 Bleu
Composition : sel + iode + cobalt.
Avantage : apporte deux oligoéléments supplémentaires.
Intérêt : complément minéral plus diversifié que le blanc et généralement plus complet que le rouge sur ces deux éléments.
Ces différences de composition sont bien établies dans les produits commercialisés au Canada.
Est-ce que le bleu attire plus que le rouge
C’est une question beaucoup plus complexe.
Il existe énormément de discussions entre chasseurs à ce sujet. Certains préfèrent le bleu, d’autres le rouge et certains jurent uniquement par le blanc.
Mais il faut distinguer l’attirance comportementale de la valeur minérale.
La composition d’un bloc peut influencer son intérêt nutritionnel, mais cela ne signifie pas qu’un animal choisira toujours le bleu simplement parce qu’il contient du cobalt.
Le gibier peut également être influencé par la disponibilité naturelle du sodium et des autres minéraux dans son environnement.
La couleur n’est donc pas une garantie d’efficacité.
Le sol peut être aussi important que le bloc
Lorsqu’un bloc est utilisé à un endroit où le sol est humide, le sel se dissout progressivement et peut enrichir la surface du sol.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les anciennes salines peuvent demeurer visibles longtemps après que le bloc original a disparu.
La pluie et l’humidité jouent donc un rôle important dans la dispersion du sel.
Mais encore une fois, la présence d’une saline ne garantit pas qu’un animal la visitera régulièrement.
Le bloc bleu : plus complet, mais pas un « super minéral »
Il existe une tendance naturelle à penser que plus un bloc contient de minéraux, meilleur il est. ce n’est pas nécessairement vrai.
Les besoins alimentaires d’un animal dépendent de nombreux facteurs : Son âge, son sexe, son état physiologique, la qualité de son alimentation naturelle, la composition minérale du sol et la disponibilité des éléments nutritifs.
Un bloc bleu apporte simplement certains éléments qui ne se trouvent pas dans le bloc blanc.
Il ne remplace pas une alimentation naturelle diversifiée.
Et les blocs bruns ou jaunes
Même si notre comparaison porte sur les trois blocs classiques, il existe aujourd’hui beaucoup d’autres formulations.
On trouve notamment des blocs contenant du soufre, différents oligoéléments ou des produits aromatisés. Certains sont spécifiquement commercialisés comme attractants pour le chevreuil ou l’orignal.
Les formulations peuvent donc varier énormément d’un fabricant à l’autre.
C’est pourquoi deux blocs de même couleur ne sont pas nécessairement identiques.
La fiche technique du fabricant est toujours plus fiable que la couleur du bloc.

Pour le chevreuil
Le chevreuil peut bénéficier de compléments minéraux lorsque ceux-ci sont disponibles légalement et dans le cadre approprié.
Au printemps et au début de l’été, les besoins nutritionnels liés à la croissance, au développement des bois et à la reproduction rendent particulièrement intéressante l’étude des besoins minéraux du chevreuil.
Cela ne signifie toutefois pas qu’un bloc va produire à lui seul un plus gros panache.
La génétique, l’âge, la nutrition générale, la qualité de l’habitat et les conditions du territoire jouent un rôle beaucoup plus important.

Pour l’orignal
L’orignal est également attiré par les sources de sodium et peut utiliser les blocs de sel dans certaines régions.
Dans les forêts du Nouveau-Brunswick, du Québec et d’autres provinces de l’Est, les blocs sont depuis longtemps associés aux pratiques de gestion et d’observation du gros gibier.
Pour le chasseur d’orignal, une saline peut également devenir un excellent outil d’observation lorsqu’elle est utilisée légalement, permettant d’étudier les habitudes du territoire.
Mais il faut éviter de confondre une saline avec une méthode garantie pour faire venir un gros mâle.
Le facteur le plus important : la réglementation
C’est ici que le chasseur doit être particulièrement prudent.
Les règles concernant l’appâtage, les salines et l’utilisation de substances attractives varient selon la province, l’espèce et parfois la zone de gestion.
Au Nouveau-Brunswick, le gouvernement publie les règlements officiels de chasse et les règles propres aux différentes espèces. Les textes réglementaires provinciaux sont mis à jour et doivent être consultés avant toute utilisation d’un dispositif ou produit destiné à attirer le gibier.
Il faut également tenir compte des secteurs où la chasse est interdite ou soumise à des restrictions particulières. Par exemple, certaines zones et certains territoires protégés présentent des règles spécifiques.
Un bloc vendu légalement dans un magasin n’est donc pas automatiquement légal à utiliser partout pour la chasse.
Un outil pour le chasseur, mais pas une garantie
Le grand intérêt des blocs de sel est finalement leur simplicité.
Un bloc peut rester plusieurs semaines sur un emplacement et fournir progressivement du sel et, selon la formulation, certains oligoéléments.
Mais son efficacité dépend du territoire.
Un secteur pauvre en sodium peut être plus intéressant qu’un secteur où les animaux ont déjà accès à de grandes quantités de minéraux naturels.
La concurrence avec d’autres sources de nourriture et les habitudes locales comptent également.
Comparaison finale
| Bloc | Composition habituelle | Principal apport |
|---|---|---|
| ⬜ Blanc | Sel (NaCl) | Sodium |
| 🟥 Rouge | Sel + iode | Sodium + iode |
| 🟦 Bleu | Sel + iode + cobalt | Sodium + iode + cobalt |
Les formulations peuvent varier d’une marque à l’autre; consultez toujours l’étiquette du produit.
- Si votre objectif est simplement de fournir du sel, le bloc blanc fait le travail.
- Si vous souhaitez ajouter de l’iode, le rouge représente une option intéressante.
- Si vous recherchez une formulation comprenant iode et cobalt, le bleu est le plus complet des trois sur ces éléments.
Mais le véritable secret n’est pas la couleur du bloc, c’est la compréhension du territoire.
Un bon habitat, une bonne disponibilité alimentaire et une réglementation respectée auront toujours plus d’importance qu’une simple couleur de bloc de sel.
Et pour le chasseur, connaître la différence entre les trois permet surtout de choisir son produit en fonction de sa composition réelle plutôt que de se fier aux mythes et aux habitudes transmises d’une saison à l’autre.
La chasse est un style de vie
Entrainez-vous, soyez prêt, soyez sécuritaire
et surtout
Soyez fier d’être chasseur
Raynald Robitaille


















24 août 2026
Chasse