L’alimentation du chevreuil en automne :: Comprendre ce que mange le cerf avant le rut et l’hiver

17 août 2026

Chasse

L’automne transforme complètement la forêt. Les feuilles commencent à tomber, les températures diminuent, les journées raccourcissent et, pour le chevreuil, une nouvelle priorité apparaît : accumuler suffisamment d’énergie pour affronter le rut et l’hiver.

Pour le chasseur, comprendre cette transition alimentaire est particulièrement intéressante. Le chevreuil ne se nourrit pas nécessairement aux mêmes endroits en octobre et en novembre qu’en juin ou en juillet. Son alimentation évolue en fonction de la disponibilité des plantes, de leur valeur nutritive et de ses besoins énergétiques.

À l’automne, les glands, autres fruits et graines, jeunes repousses ligneuses et certaines cultures agricoles peuvent prendre une place importante dans son alimentation. La proportion de ces aliments varie toutefois énormément selon la région, la météo et ce que le territoire offre réellement.

Pourquoi le chevreuil mange-t-il différemment à l’automne

Durant le printemps et l’été, le chevreuil recherche particulièrement les végétaux verts, tendres et riches en protéines. À l’approche de l’automne, plusieurs de ces plantes vieillissent : leur digestibilité diminue et leur teneur en fibres augmente.

Le chevreuil commence alors à rechercher davantage des aliments riches en énergie et en glucides, notamment lorsque les températures diminuent. Cette alimentation permet de constituer des réserves de gras qui seront précieuses pendant le rut et surtout durant l’hiver.

Cette préparation est importante pour tous les chevreuils. Les femelles doivent récupérer des efforts liés à la reproduction et à l’allaitement, tandis que les mâles dépensent énormément d’énergie pendant la période du rut.

Le gland : probablement l’un des aliments vedettes

Lorsqu’une bonne production de glands est disponible, ces derniers peuvent devenir une véritable attraction pour les chevreuils.

Les glands constituent une source alimentaire riche en énergie et sont particulièrement appréciés lorsque leur disponibilité est importante. Les recherches sur le cerf de Virginie montrent que la consommation de fructification forestière augmente fortement à l’automne, les glands représentant une composante majeure du régime dans de nombreuses régions.

Pour le chasseur, cela signifie qu’une année exceptionnelle de production de glands peut modifier considérablement les déplacements des chevreuils.

Une zone qui semblait intéressante en septembre peut soudainement devenir beaucoup moins productive lorsque les mâles et les femelles découvrent une abondance de nourriture ailleurs.

Tous les peuplements de chênes ne se valent pas

Un point important est que la présence de chênes ne garantit pas nécessairement une forte concentration de chevreuils.

La production de glands varie d’une année à l’autre et d’un arbre à l’autre. Certains arbres produisent régulièrement de grandes quantités alors que d’autres peuvent avoir une production faible.

Une bonne connaissance du territoire permet donc d’identifier les secteurs où les chevreuils trouvent réellement leur nourriture plutôt que de simplement regarder la présence de chênes.

Les fruits sauvages ont encore leur importance

Avant et pendant l’automne, les fruits sauvages peuvent également contribuer à l’alimentation du chevreuil. Selon la région, on retrouve notamment différentes baies et autres fruits charnus.

Des sources scientifiques et gouvernementales mentionnent notamment les pommes, raisins sauvages, cerises, mûres, bleuets et autres fruits parmi les aliments consommés par le chevreuil.

Ces aliments représentent toutefois une ressource saisonnière. Lorsqu’ils disparaissent, le chevreuil se tourne davantage vers d’autres sources disponibles.

C’est cette capacité d’adaptation qui explique pourquoi il est difficile de définir un seul « menu d’automne » valable partout.

Le feuillage et les jeunes branches restent importants

Même lorsque les glands sont abondants, le chevreuil ne cesse pas nécessairement de brouter.

Les bourgeons, feuilles, jeunes tiges et rameaux d’arbustes et d’arbres demeurent une partie importante de son alimentation. À mesure que la saison avance et que les plantes herbacées deviennent moins intéressantes, la consommation de végétation ligneuse peut augmenter.

Dans certaines régions canadiennes, notamment lorsque les ressources de fruits et de fructification forestière sont limitées, le broutage peut représenter une portion considérable de l’alimentation automnale. Une source du gouvernement de la Saskatchewan rapporte par exemple que le broutage peut représenter environ 40 à 90 % du régime automnal dans certaines populations de cerfs de Virginie.

Cette donnée illustre une chose essentielle : l’habitat détermine l’alimentation.

Les champs agricoles peuvent devenir extrêmement intéressants

Dans les secteurs agricoles, le menu automnal du chevreuil peut être très différent de celui d’un secteur forestier.

Le maïs, le soya, le blé d’automne, la luzerne, le trèfle et d’autres cultures peuvent être fortement utilisés lorsqu’ils sont disponibles. Les cultures agricoles sont généralement très digestibles et nutritives, ce qui explique leur attrait pour les chevreuils.

Une étude portant sur les aliments consommés à l’automne en Arkansas illustre parfaitement l’importance du territoire : dans des secteurs forestiers, les glands et le broutage ligneux dominaient, tandis que dans une région composée de terres agricoles et de boisés, le maïs et le soya représentaient une très grande partie du régime.

Pour le chasseur, cette différence est fondamentale.

Deux territoires situés à quelques dizaines de kilomètres peuvent présenter des habitudes alimentaires complètement différentes.

Le froid change progressivement les priorités

Lorsque les températures diminuent, le chevreuil devient progressivement plus dépendant des aliments permettant de répondre à ses besoins énergétiques.

En Ontario, les lignes directrices sur la gestion du chevreuil indiquent qu’à mesure que les jours raccourcissent et que les températures diminuent, les cerfs commencent à accumuler des réserves de gras et recherchent des aliments à forte teneur énergétique, notamment les cultures de fructification forestière comme les glands et les faînes, ainsi que certaines plantes vertes de saison fraîche.

C’est une période où la qualité du garde-manger naturel du territoire peut avoir un impact important sur la condition physique des animaux.

Le rut bouleverse aussi les déplacements

L’automne ne concerne évidemment pas uniquement la nourriture.

À mesure que le rut approche, les mâles commencent à consacrer davantage de temps à la recherche et au suivi des femelles. Ils peuvent alors parcourir de grandes distances, même lorsqu’une importante source de nourriture est disponible à proximité.

C’est pourquoi il faut éviter de penser que « trouver la nourriture = trouver automatiquement le gros mâle ».

Un secteur alimentaire peut être excellent, mais le mâle mature peut circuler entre ce secteur, les zones de repos et les secteurs fréquentés par les femelles.

Les meilleures occasions apparaissent souvent lorsque plusieurs éléments du territoire se rencontrent : nourriture, couvert, eau, pistes de déplacement et zones de repos.

Une stratégie intéressante pour le chasseur

Comprendre l’alimentation automnale peut néanmoins devenir un formidable outil pour analyser un territoire.

Une bonne méthode consiste à observer les changements au fil des semaines.

Au début de l’automne, les chevreuils peuvent encore exploiter une grande quantité de végétation verte. Puis, lorsque les fruits tombent et que les glands commencent à être disponibles, leurs déplacements peuvent changer rapidement.

Plus tard, lorsque les températures chutent davantage, les sources d’énergie encore disponibles et les zones de couvert deviennent de plus en plus importantes.

Le chasseur qui suit ces changements peut donc adapter ses postes plutôt que de rester toute la saison au même endroit.

Comment reconnaître une zone alimentaire intéressante

Sur le terrain, plusieurs indices peuvent révéler l’utilisation d’une zone alimentaire.

Les pistes fraîches, les fèces, les frottages, les grattages et les endroits où la végétation est visiblement broutée permettent de confirmer qu’un secteur est fréquenté.

Sous les chênes, la présence de nombreux glands cassés, de traces fraîches et de passages réguliers peut également être intéressante.

Dans les champs, les sentiers reliant le couvert forestier aux cultures peuvent devenir particulièrement révélateurs.

Mais il faut toujours comparer ces indices avec la fraîcheur des signes. Un sentier très utilisé quelques semaines auparavant ne signifie pas nécessairement qu’il est encore actif aujourd’hui.

La meilleure nourriture n’est pas toujours la plus abondante

Le chevreuil est un animal sélectif. Il ne mange pas simplement tout ce qui se trouve devant lui.

Les études montrent qu’il sélectionne les espèces et les parties de plantes qui répondent le mieux à ses besoins et à ce qui est disponible à un moment donné.

Cela signifie qu’un territoire rempli de végétation n’est pas nécessairement un territoire offrant une excellente nourriture.

La qualité, la digestibilité, la disponibilité et la valeur énergétique sont toutes importantes.

C’est également pourquoi une petite parcelle contenant des plantes particulièrement recherchées peut parfois être beaucoup plus intéressante qu’une immense forêt offrant seulement une nourriture de faible qualité.

Une alimentation qui prépare l’hiver

L’automne représente finalement une période de transition.

Le chevreuil passe progressivement d’une alimentation estivale dominée par les végétaux verts et les parties tendres des plantes vers une alimentation où la fructification forestière, les fruits, le broutage ligneux et certaines cultures riches en énergie prennent davantage d’importance.

Cette transition permet de constituer les réserves énergétiques nécessaires pour traverser une période où la nourriture sera moins abondante et les déplacements plus coûteux.

Pour le chasseur, comprendre cette mécanique permet surtout de mieux lire le territoire.

L’automne est probablement l’une des périodes les plus intéressantes pour observer les habitudes alimentaires du chevreuil.

Le paysage change, les plantes changent et le comportement des animaux change lui aussi.

Une année de forte production de glands peut concentrer les chevreuils dans les chênaies. Une mauvaise production de mast peut les pousser vers les champs et les autres sources de nourriture. Dans certains secteurs, le broutage demeure dominant alors que dans d’autres, les cultures agricoles deviennent la principale attraction.

Pour le chasseur, la leçon est simple : ne chassez pas seulement un secteur; chassez ce que le territoire offre à ce moment précis de la saison.

En automne, connaître le garde-manger du chevreuil, c’est souvent faire un grand pas vers la compréhension de ses déplacements.

 

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Raynald Robitaille

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