
Au Nouveau-Brunswick, l’automne marque une période particulièrement intéressante dans le cycle annuel de l’orignal. La forêt acadienne change rapidement de couleur, les températures diminuent, les plantes estivales perdent progressivement de leur vigueur et l’animal modifie son alimentation.
Pour le chasseur d’orignal, comprendre ce changement est loin d’être secondaire. L’alimentation influence directement les déplacements, les secteurs fréquentés et, indirectement, les endroits où un mâle peut être rencontré pendant la période du rut.
L’orignal est un grand herbivore capable de consommer d’importantes quantités de végétation. Au parc national Fundy, Parcs Canada indique qu’il se nourrit principalement de plantes herbacées non graminées durant l’été, puis davantage de l’écorce, des rameaux et des bourgeons des plantes ligneuses lorsque la saison froide approche.
Au Nouveau-Brunswick, cette transition est particulièrement intéressante parce que la forêt offre une grande diversité de conifères, de feuillus et de jeunes peuplements.
L’automne : une période de transition alimentaire
En début d’automne, l’orignal profite encore de nombreuses plantes vertes qui ont constitué une grande partie de son alimentation durant les mois chauds. Mais à mesure que les journées raccourcissent et que les premières gelées apparaissent, les plantes herbacées deviennent moins abondantes ou moins intéressantes.
L’animal s’oriente progressivement vers les végétaux ligneux : jeunes tiges, rameaux, feuilles restantes et bourgeons.
Cette transition ne se fait pas du jour au lendemain. Le menu d’un orignal au début de septembre peut être assez différent de celui observé quelques semaines plus tard, particulièrement après plusieurs nuits froides.
Le territoire devient alors une immense mosaïque de ressources.
Le sapin baumier : un aliment important au Nouveau-Brunswick
Parmi les végétaux associés à l’alimentation de l’orignal dans les forêts du Nouveau-Brunswick, le sapin baumier occupe une place remarquable.
Parcs Canada précise au parc national Fundy que le sapin baumier est le principal conifère consommé par l’orignal dans le secteur. Les traces d’abroutissement peuvent d’ailleurs modifier la forme des jeunes sapins, qui produisent davantage de bourgeons et prennent parfois une apparence très dense et déformée.
Pour un chasseur qui parcourt le bois, ces jeunes sapins fortement broutés peuvent donc constituer un indice intéressant de la présence régulière d’orignaux.
Il ne faut toutefois pas conclure qu’un secteur riche en sapin est automatiquement un excellent poste de chasse. L’orignal choisit ses aliments selon leur disponibilité, leur accessibilité et la composition du milieu.

Le bouleau blanc et les feuillus jouent aussi un rôle
Le bouleau blanc est également fréquemment brouté par l’orignal au Nouveau-Brunswick. Parcs Canada note que cette essence fait partie des arbres régulièrement consommés au parc national Fundy.
Les peuplements jeunes et les secteurs ayant subi une perturbation forestière peuvent être particulièrement intéressants puisque la régénération produit beaucoup de jeunes tiges accessibles à hauteur d’orignal.
Le Nouveau-Brunswick possède justement une importante diversité de feuillus, notamment le bouleau blanc, l’érable rouge, l’érable à sucre, le bouleau jaune et le peuplier faux-tremble.
Pour l’orignal, cette diversité signifie une disponibilité alimentaire qui change fortement selon le type de forêt et l’âge des peuplements.
Les jeunes repousses : un véritable buffet
Après une coupe forestière, une perturbation naturelle ou une ouverture dans la canopée, la végétation peut repartir vigoureusement.
Ces secteurs de régénération sont souvent très différents d’une forêt mature. On y retrouve davantage de jeunes arbres, d’arbustes et de pousses accessibles à l’orignal.
Le gouvernement du Nouveau-Brunswick décrit notamment les peuplements issus de perturbations comme des milieux où les feuillus intolérants, dont le bouleau blanc et le peuplier faux-tremble, peuvent devenir dominants.
Du point de vue du chasseur, ces secteurs méritent donc une attention particulière lorsque l’on cherche à identifier le garde-manger automnal d’un orignal.
L’érable de montagne : un aliment recherché
Parmi les arbustes et petits arbres présents dans la forêt acadienne, certains sont particulièrement intéressants pour l’orignal.
Le gouvernement du Nouveau-Brunswick identifie notamment l’érable de montagne comme une essence de broutage privilégiée par l’orignal et le chevreuil.
Cette préférence peut être particulièrement intéressante dans les secteurs où les ouvertures forestières favorisent la croissance de jeunes feuillus et d’arbustes.
Pour le chasseur, reconnaître ces végétaux est donc aussi utile que savoir identifier les pistes.

Les fruits sauvages
Les fruits sauvages peuvent encore être présents au début de l’automne, mais ils ne constituent pas nécessairement le cœur du régime de l’orignal pendant toute la saison.
L’animal demeure principalement un grand herbivore qui sélectionne une grande variété de végétaux en fonction de ce que lui offre son environnement.
Il est donc préférable de voir les fruits comme une ressource saisonnière parmi plusieurs autres, plutôt que comme l’aliment principal de l’orignal.

Les secteurs humides restent importants
L’orignal est étroitement associé aux milieux offrant une grande diversité de végétation.
Les marécages, étangs, cours d’eau, bordures humides et zones riches en végétation peuvent fournir des ressources intéressantes, notamment lorsque la végétation terrestre commence à changer.
Au printemps et en été, les plantes aquatiques et semi-aquatiques peuvent constituer une ressource importante. À l’automne, l’animal ne cesse pas nécessairement de fréquenter ces milieux, mais peut modifier ce qu’il y recherche.
Une bordure humide entourée de jeunes repousses peut alors devenir particulièrement intéressante.
L’alimentation évolue avec la saison
Il est important de ne pas considérer « l’automne » comme une période alimentaire uniforme.
Début de l’automne
La végétation verte demeure disponible et l’orignal peut encore exploiter de nombreuses plantes herbacées. Les jeunes repousses et certains feuillus commencent cependant à prendre davantage d’importance.
Milieu de l’automne
Les températures diminuent et les feuilles commencent à tomber. Le broutage des arbres et arbustes devient progressivement plus important.

Approche du rut
L’alimentation continue, mais le comportement des mâles change rapidement. La recherche des femelles peut prendre une place croissante dans leurs déplacements.
C’est ici que le chasseur doit comprendre une chose essentielle : un excellent secteur alimentaire n’est pas nécessairement un excellent secteur de rencontre avec un mâle en rut.
Le rut peut bouleverser les habitudes
L’automne est aussi la période où les mâles commencent à consacrer beaucoup plus d’énergie à la reproduction.
Le comportement alimentaire ne disparaît évidemment pas, mais les déplacements sont influencés par la recherche des femelles, les interactions entre mâles et l’utilisation du territoire.
Un mâle peut donc quitter temporairement un secteur où la nourriture est excellente.
Cela explique pourquoi les chasseurs expérimentés recherchent souvent non seulement la nourriture, mais également les corridors reliant les secteurs alimentaires, les zones de repos et les endroits fréquentés par les femelles.

Les coupes forestières : pourquoi elles peuvent être intéressantes
Les coupes forestières ne produisent pas toutes les mêmes conditions.
Une jeune coupe peut offrir énormément de nourriture si elle contient une abondante régénération de feuillus, de sapins et d’arbustes. Une coupe plus ancienne, où la végétation est devenue moins accessible ou où la composition a changé, peut être beaucoup moins intéressante.
Le chasseur doit donc apprendre à regarder la qualité de la régénération, pas simplement l’âge de la coupe.
Un secteur rempli de jeunes tiges à hauteur d’orignal peut être beaucoup plus productif qu’une immense surface où la végétation est devenue trop mature.
Comment reconnaître un secteur fortement fréquenté
L’alimentation laisse des traces.
Un chasseur attentif peut rechercher : Des branches cassées ou dépouillées, des jeunes arbres mangés, des rameaux fraîchement consommés, des pistes, des excréments et des sentiers reliant différentes sources de nourriture.
La fraîcheur demeure toutefois essentielle.
Une tige broutée montre qu’un animal est passé, mais elle ne permet pas à elle seule de déterminer quand.
La combinaison de plusieurs indices est beaucoup plus fiable.

La hauteur du broutage donne parfois des indices
L’orignal possède une morphologie particulière qui lui permet d’exploiter une végétation située relativement haut par rapport à celle utilisée par le chevreuil.
Lorsque plusieurs jeunes arbres présentent des signes d’abroutissement à des hauteurs similaires, cela peut aider à distinguer l’utilisation du secteur par un grand cervidé.
Ce n’est toutefois pas une méthode infaillible. La hauteur, la neige et la forme des végétaux peuvent modifier l’apparence des signes.
L’observation doit donc toujours être associée aux autres indices.
L’importance des vieux peuplements et des jeunes peuplements
Une bonne forêt à orignaux n’est pas nécessairement constituée d’un seul type de peuplement.
Les secteurs de forêt mature peuvent fournir du couvert et certaines ressources, tandis que les jeunes peuplements et les ouvertures peuvent offrir une abondance de nourriture.
C’est souvent le mélange entre différents âges de forêt qui rend un territoire intéressant.
Le Nouveau-Brunswick possède précisément une grande variété de types de forêts, allant des peuplements résineux aux feuillus et aux peuplements mixtes.
Pour le chasseur, cela signifie qu’il faut regarder le territoire dans son ensemble.

L’orignal peut manger énormément
La taille impressionnante de l’orignal se reflète dans ses besoins alimentaires.
Parcs Canada rapporte que les orignaux peuvent consommer de très grandes quantités de végétation; dans certains contextes nord-américains, une estimation communément citée est de l’ordre de 20 à 30 kg de rameaux par jour, particulièrement lorsque le régime est dominé par le broutage ligneux.
Cela permet de comprendre pourquoi une population importante d’orignaux peut exercer une pression considérable sur la régénération forestière.
Le broutage répété du sapin, du bouleau, de l’érable et d’autres essences peut modifier la composition de la végétation.
Le territoire influence directement le menu
Il n’existe donc pas un unique « régime alimentaire automnal » valable pour tous les orignaux du Nouveau-Brunswick.
Un animal vivant dans les hautes terres boisées peut exploiter principalement une combinaison de conifères et de jeunes feuillus. Un autre fréquentant un secteur fortement perturbé peut trouver une abondance de jeunes repousses.
Les conditions locales sont déterminantes.
Le sol, l’humidité, la topographie, l’âge de la forêt, les coupes forestières et les perturbations naturelles façonnent tous le garde-manger disponible.

Pour le chasseur : suivre la nourriture, pas seulement les pistes
Une erreur fréquente consiste à chercher uniquement les pistes d’orignal.
Les pistes indiquent où l’animal est passé.
La végétation permet souvent de comprendre pourquoi il était là.
Un secteur rempli de nourriture fraîche et de signes récents est beaucoup plus intéressant qu’une simple piste isolée.
En suivant les changements du garde-manger durant septembre et octobre, le chasseur peut mieux comprendre les déplacements et anticiper les endroits où l’animal a de bonnes raisons de revenir.
L’alimentation et la stratégie de chasse
Pendant la chasse automnale au Nouveau-Brunswick, le meilleur secteur peut être celui où plusieurs facteurs se rencontrent : Une source de nourriture, un couvert sécuritaire, de l’eau, des corridors de déplacement et la présence de femelles à proximité.
Pendant le rut, il faut ajouter à cette équation les zones de rencontre et de déplacement des mâles.
L’orignal n’est pas simplement guidé par son estomac.
Il est guidé par l’ensemble de ses besoins.
Une forêt en transformation
L’alimentation de l’orignal est également un excellent indicateur de l’évolution de la forêt.
Lorsqu’un secteur est fortement brouté année après année, certaines essences peuvent avoir de la difficulté à atteindre la maturité. Parcs Canada a documenté ce phénomène dans plusieurs régions où la pression de broutage des orignaux est élevée.
Le sapin baumier, par exemple, peut conserver une forme très basse et dense lorsque les jeunes pousses sont constamment consommées.
L’orignal est donc à la fois un utilisateur de la forêt et une force qui peut contribuer à la façonner.
Au Nouveau-Brunswick, l’automne représente une extraordinaire période de transition pour l’alimentation de l’orignal.
Les plantes herbacées estivales diminuent graduellement en importance tandis que les rameaux, bourgeons et jeunes tiges des arbres et arbustes deviennent de plus en plus importants. Le sapin baumier, le bouleau blanc, certains érables, les jeunes peupliers et d’autres végétaux disponibles localement peuvent alors fournir une grande partie du garde-manger automnal.
Pour le chasseur, comprendre cette alimentation signifie apprendre à lire la forêt différemment.
Ne regardez pas seulement où l’orignal est passé. Regardez ce qu’il est venu manger.
Une branche fraîchement dépouillée, une jeune coupe riche en repousses, un secteur de sapins fortement broutés ou une bordure de feuillus peuvent raconter une histoire beaucoup plus complète qu’une simple piste.
Et lorsque le rut approche, cette connaissance du garde-manger devient un outil supplémentaire pour comprendre où les grands mâles ont de bonnes raisons de circuler.
Éléments à retenir
Sapin baumier : une ressource importante dans les forêts du Nouveau-Brunswick.
Bouleau blanc : régulièrement brouté par l’orignal.
Érable de montagne : identifié comme une essence de broutage privilégiée.
Jeunes peuplements : souvent riches en jeunes tiges accessibles après les perturbations forestières.
Automne : période de transition entre une alimentation riche en plantes herbacées et une alimentation de plus en plus axée sur le broutage ligneux.
Conseil de terrain : cherchez la combinaison nourriture + couvert + déplacement + signes récents, plutôt qu’un seul indice isolé.

La chasse est un style de vie
Entrainez-vous, soyez prêt, soyez sécuritaire
et surtout
Soyez fier d’être chasseur
Raynald Robitaille



















17 août 2026
Chasse